En 1969, année du 1er vol du Concorde, le monde était bien différent. La France venait de décréter qu’il était interdit d’interdire, l’Amérique découvrait la lune et la Chine, alors en pleine Révolution culturelle, ne s’était pas encore éveillée. Et pourtant, elle fascinait déjà.

Elle fascinait tout particulièrement l’instituteur du petit garçon de CE2 de l’école élémentaire Calvinhac. Au point que les préceptes de cette Chine populaire d’alors débouchaient régulièrement sur la mise en place de pratiques affectant le quotidien de sa classe. Il en allait ainsi de l’instauration d’une discipline que l’on pouvait qualifier, sans exagération, de régime autoritaire maoïste. Si les exécutions et les peines d’emprisonnement n’y étaient pas encore d’actualité, la discipline de la classe avait, au menu, humiliations publiques (mises au coin) et châtiments corporels exécutés par Dorothée.

Dorothée, c’était la clé de voûte du régime : non pas une commissaire politique mais simplement une règle de section ronde qui s’abattait sans pitié sur les doigts des « camarades » les plus récalcitrants. Les plus coutumiers du châtiment s’en souviennent probablement encore. Et si d’aventure, ils oubliaient ce que signifiait le mot discipline, ils avaient en permanence sous les yeux, pour le leur rappeler, le Petit Livre Rouge, compilation des pensées « libérales » de Mao, trônant sur un coin du bureau du maître.

Ça, c’est pour les souvenirs un peu pesants. Il faut maintenant parler du petit garçon qui, sous ce régime autoritaire, bénéficiait d’un statut tout à fait particulier. Était-ce parce que certains – rares – le traitaient de Chinois, le classant de fait dans la catégorie des prolétaires révolutionnaires méritant toute la mansuétude du maître? Je ne sais pas. Mais le fait est qu’il bénéficiait d’un statut de favori du « Grand Timonier »; ce statut de protégé l’excluant de toute humiliation publique et de tout châtiment. Et chose extraordinaire, il n’en perdait pas pour autant sa crédibilité auprès de ses camarades. 

C’est ainsi que cette année-là, le « Grand Timonier » organisa l’élection du meilleur camarade de classe dans le but de favoriser la socialisation et l’esprit collectif de la classe. Et devinez quoi, le petit garçon fût élu meilleur camarade par ses pairs, démontrant pour le maître, s’il le fallait, la supériorité d’un esprit collectif. En guise de prix, le « Petit Timonier » reçut le fameux Petit Livre Rouge de Mao (écrit tout en chinois) que le maître eut grand plaisir à lui remettre, agrémenté d’un bref message de transmission des valeurs maoïstes.

Riche de cet acquis, le petit garçon rentra ce soir-là de l’école, le Petit Livre Rouge sous le bras, en pensant qu’aujourd’hui encore, c’était une journée drôlement chouette à l’école.

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