Ploumanac’h, Côte-d’Armor

À mesure qu’on approche, le sol devient pierreux, la terre se tord et se brise en blocs énormes.

Ces granits sont d’un rose pâle, mêlé de roux et de gris, éclatant sous le soleil, sombre à l’ombre, changeant d’aspect à chaque heure du jour.

Ils se dressent en masses confuses, penchées, crevassées, tordues, comme si quelque force titanesque les avait lancés là dans un tumulte d’orage.

Il y a des cavernes, des dalles, des tas arrondis qui font penser à des dos d’animaux couchés.

Dans les fentes du roc, des herbes poussent, des lichens pendent, et, plus bas, la mer, quand elle monte, s’engouffre et siffle.

Au reflux, elle laisse des flaques vertes, limpides, où le sable brille d’une teinte rosée.

Cette nature là, parce qu’elle est exclusivement minérale, n’a pas changé après que Gustave Flaubert découvre en 1847 ce qui ne s’appelait pas encore la Côte de granit rose et note ses impressions dans Par les champs et par les grèves (Voyage en Bretagne), livre écrit à quatre mains avec Maxime Du Camp.
Et cette nature là n’a pas même changé depuis 300 millions d’années; ce qui lui donne un âge respectable.

Alors qu’est-ce qui a changé ? La fréquentation bien sûr, sur ce sentier bien délimité et bien entretenu que nous empruntons entre Perros-Guirec et Ploumanac’h.
Mais cette fréquentation ne nuit pas au spectacle grandiose de cette roche rosée doucement éclairée par une lumière de fin septembre. Nous adorons.

Flaubert concluait, visiblement inspiré par les lieux :

Jamais je n’ai vu de solitude plus complète, de silence plus plein.
La Bretagne, ici, semble la fin du monde, un pays arrêté dans le temps.
On sent dans l’air quelque chose de religieux, de primitif et d’immobile.

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