





Curieuse cette passion de Léa pour les usines et la production.
Est-ce parce que la production est le lieu privilégié de toutes les agitations et de toutes les énergies ? Je ne sais pas mais je sais que Léa se voit très bien en grande ordonnatrice de production, à mettre toute les énergies en ordre de bataille, au service de… de quoi, d’ailleurs ? Peu importe dès lors qu’elle y trouve l’ivresse des jours sans fin, des poussées de stress, des avalanches de problèmes et la sueur.
Quoi qu’il en soit, nous sommes plantés devant deux photos des années 30 représentant des ateliers de l’usine Renault de Boulogne Billancourt; photos réalisées par Robert Doisneau alors qu’il y commençait sa carrière, à l’âge de 22 ans, comme photographe en charge de documenter les activités industrielles.
Je demande à Léa :
— C’est quoi ça ?
— Un atelier d’emboutissage de tôles
Je suis scotché. C’est exact. Je me souviens alors que Léa a travaillé pendant un an et demi chez Volkswagen et que le découpage des tôles, l’emboutissage, la protection anticorrosion par cataphorèse et les bains de peinture n’ont plus de secrets pour elle.
Je me risque à une deuxième question :
— Et ça, c’est quoi ?
— Contrôle qualité des billes de roulement
Rescotché. Re-exact. Et de m’expliquer les outils de métrologie mécanique et l’utilisation des micromètres à vis pour contrôler le diamètre des billes.
C’est bien plus que de la passion, c’est de la culture.

Nous descendons au rez-de-chaussée du musée Maillol pour poursuivre l’exposition Instants donnés sur Robert Doisneau. Le rez-de-chaussée, c’est le début de l’exposition. La salle est consacrée au thème de l’enfance avec des photos des années 50 et 60, jusqu’à mai 68.
On y voit la photo suivante qui évoque immanquablement le slogan de mai 68, Sous les pavés, la plage. Mais aussi, dans un registre plus familial, le souvenir d’un certain magistrat qui, en ces temps tourmentés, se rendait, contre vents et marées et sans moyen de locomotion, tous les jours au Palais de justice, une valise de dossiers dans chaque main. Les pavés volaient; c’était la chienlit.

Les photos qui m’intéressent, que je trouve réussies, sont celles qui ne concluent pas, qui ne racontent pas une histoire jusqu’au bout mais restent ouvertes, pour permettre aux gens de faire eux aussi, avec l’image, un bout de chemin, de la continuer comme il leur plaira.
Robert Doisneau
Nous regardons, avec Léa, la photo d’un écolier qui traverse à grandes enjambées, cartable à la main, un boulevard parisien sous la protection d’un gardien de la paix. La photo date de 1956. Un temps qui n’évoque rien pour Léa et, en théorie, rien pour moi aussi, sauf que cet univers m’en évoque pourtant un autre : celui de Sempé.
C’est ma façon, à moi, de faire un bout de chemin avec l’univers de Doisneau.

Est-ce qu’on a aimé avec Léa ? Oui… nous avons aimé ces beaux Instants donnés.
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