Nu à la couverture rayée (1922), Suzanne Valadon
30 ans ou la vie en rose (1931), Raoul Dufy

Lundi 5 janvier 2026
Je ne sais pas qui est Berthe Weill.
Je ne lis rien sur elle, non plus, avant l’exposition.
Je fais confiance à Agnès.

Nous allons donc, en ce lundi glacial, voir l’exposition Berthe Weill. Galeriste d’avant-garde au Musée de l’Orangerie. Sur place, la file d’attente déjà longue patiente dans le froid. Les gens s’agitent, tapent des pieds sur le sol gelé, se réchauffent comme ils peuvent. Et nous, une fois n’est pas coutume, comme dans la pub ULYS, nous dépassons cette longue file, sans un regard, pour nous diriger vers l’entrée dédiée aux porteurs de la Carte Blanche. Un privilège bien apprécié par -4 °C.

Berthe Weill (1865 – 1941), c’est avant tout une intuition et une conviction associées à une leçon de courage. Une femme, la première, dit-on, à s’être imposée dans le milieu très fermé et exclusivement masculin des marchands d’art du début du XXème. Une femme au goût sûr, en rupture avec le monde académique, qui a révélé de jeunes peintres avant-gardistes et présenté des œuvres jusque là incomprises et qui faisaient scandales. Une femme indépendante, juive d’origine alsacienne et dont la condition sociale modeste aura finalement été un atout pour une proximité avec les artistes rejetés par les cercles dominants du marché de l’art parisien.

Qu’est-ce que je risque ? de ne pas tenir? je tiendrai. La peinture officielle se vend beaucoup mieux; pourquoi donc s’entêter à vouloir s’occuper des jeunes ? Eh ! bien ! non ! Dussé-je manger des briques, je ne veux pas faire une chose qui me déplaît! Voilà !..
(Pan!… dans l’oeil, Berthe Weill)

Mais ce qui est aussi intéressant avec cette exposition – si je n’ai rien lu avant l’exposition, j’ai fait quelques recherches après – c’est qu’elle passe totalement sous silence le récit de sa fin de vie.
Berthe Weill est morte en 1941 dans un Paris occupé, dans une grande précarité, seule et oubliée; même si quelques amis l’aident encore financièrement. Et ce que les historiens de l’art disent de cet oubli, de cette absence de reconnaissance, c’est que l’histoire de l’art du XXème a été écrite par les cercles artistiques dominants et institutionnels dont les musées étaient les principaux acteurs. Ces mêmes musées ne vont donc pas se tirer une balle dans le pied en mettant en lumière le rôle qu’ils ont joué dans cet effacement avant une reconnaissance très tardive. Et le pire dans cette histoire, c’est que Berthe Weill finira oubliée même par ceux qu’elle a contribué à faire connaitre et qui, une fois connus, lui préfèreront l’influence et les réseaux des grands marchands d’art.

Berthe Weill entourée du peintre Francis Smith
et de la sculptrice Yvonne Mortier-Smith, 1924.

Et les œuvres dans tout ça ?
Elles ont toutes en commun le fait d’avoir, un jour, été accrochées dans la galerie de la rue Victor Massé. Des fauves, des cubistes, des peintres en rupture… des tableaux dans lesquels Berthe Weill avait trouvé la force, la nouveauté et la sincérité nécessaires à toute œuvre.

Je préfère des artistes qui cherchent à ceux qui répètent des formules déjà validées
(Berthe Weill)

J’ai particulièrement aimé le Nu à la couverture rayée (1922) de Suzanne Valadon et les 30 ans ou la vie en rose (1931) de Raoul Dufy.

L’exposition dure une heure, un bon format pour moi. Nous ne passons pas par les expositions permanentes que nous connaissons déjà. Nous faisons un bref arrêt à la boutique puis remontons les escaliers qui conduisent à la sortie.
Et là, une autre exposition s’offre à nous.

Jardin des Tuileries

La neige s’est invitée et a recouvert Paris pendant l’heure qu’a duré l’exposition.
Les touristes sont collés aux vitres, surpris par ce spectacle inattendu. Les flashs crépitent. Pardon, les portables photographient et filment un Paris qu’on n’avait pas vu depuis longtemps.
Nous quittons l’Orangerie. La neige crisse sous nos pas. Un japonaise très sophistiquée mais mal avisée passe devant nous, vêtues d’une mini-jupe, jambes nues, pieds nus dans de fins escarpins qui disparaissent sous la neige. On pardonne; le spectacle est trop beau.

Et là Agnès me dit : « C’était prévu… tout était prévu… la neige et ce qui suit. »
Et la suite valait bien son pesant de chocolat.
J’adoooore les lundis !!

Angelina Paris, rue de Rivoli

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