Il ne suffit pas, dans un réflexe pavlovien, de rabâcher la même histoire invraisemblable, au même endroit, pour qu’elle devienne vraie. Et pourtant.
Je me permets ici une nouvelle digression que je ne peux passer sous silence compte tenu du lieu où nous nous trouvons.
Nous sommes dans le haut de l’avenue Junot qui débouche, à droite, sur le croisement de la rue Lepic et de la rue d’Orchampt. C’est à cet endroit précis que, généralement, le déclenchement se produit : « Ah… les courses avec la Mini de Dalida… place Clichy… rue Lepic… twist again… » Etc.
Je traduis pour ceux qui n’ont jamais eu le privilège d’entendre cette histoire de la bouche d’Agnès – histoire que, pour ma part, j’ai dû entendre une bonne centaine de fois : au début des années 80, Agnès et Dalida avaient (soi-disant) un rituel – tout à fait répréhensible, même à cette époque – consistant à faire la course Polo (la voiture d’Agnès de l’époque) versus Mini (la voiture de Dalida) entre la rue d’Orchampt et la place Clichy. Une histoire de mytho, dirait-on aujourd’hui, à laquelle, bien sûr, je n’avais jamais cru.
Sauf que, un jour, sous la couverture épaisse et rigide d’un vieil album photos stocké à la cave après le déménagement de la rue Félix Ziem, dans un lot de photos en vrac en attente de classement, Agnès exhume, par hasard, la preuve de ce rituel qui dissipera à jamais mes doutes : une vieille photo jaunie sur laquelle on la voit vêtue d’une robe printanière, le visage éclairé par un large sourire, nous regardant, assise dans sa Mini, la main droite posée sur le démarreur. Elle semble dire : « Prête ?… alors on y va… la première arrivée à la place Clichy !! »
Au dos de la photo légèrement piquée, je reconnais l’écriture fine et légère d’Agnès au crayon à papier : « rue d’Orchampt, dimanche 14 juin 1981 ».
Il n’y avait donc pas que des Paroles paroles dans cette histoire.

Laisser un commentaire