Moi j’y crois.

Le bestiaire du lac Léman est un autre inventaire à la Prévert.

Au-delà des résidents communs du lac, aquatiques ou lacustres tels les cygnes majestueux qui ennuient les baigneurs de la jetée des Pâquis, il existe une autre faune moins accessible aux observateurs.

Je fais tout d’abord une digression rapide (c’est la jetée des Pâquis qui m’y fait penser). J’ai consulté la température du lac en cette matinée du 14 février : 6,9°C selon le site de l’Association d’usagers des Bains de Pâquis (www.aubp.ch). Cette température autorise théoriquement une baignade de 6mn et 54 sec maximum, sous condition de porter bonnet et gants Néoprène. Au-delà, c’est l’arrêt cardiaque assuré. Je comprends mieux pourquoi Chloé et Vincent ont décliné l’invitation de Léa à se plonger dans les eaux du Léman sachant, depuis notre séjour à Méribel, que la Garmin de Chloé n’est pas un exemple de précision suisse.

J’en reviens à la faune du Léman.
Commençons par la catégorie des petits résidents dont la présence est avérée; avérée de par les nombreux témoignages de Léa (bien que difficilement observables à l’œil nu). Je pense aux puces de canard. Ces vers parasites, dont je ne posterai aucune photo afin de garder au lac Léman tout son attrait, provoquent éruptions cutanées et autres problèmes dermatologiques peu sympathiques mais bénins.
Le cycle de la puce est le suivant : les larves de ces vers colonisent tout d’abord les escargots aquatiques pour ne les quitter, à la recherche d’un oiseau lacustre à coloniser, que lorsque la température de l’eau atteint les 15-20°C. Une fois le volatile colonisé, les larves s’y reproduisent. Leurs œufs sont ensuite disséminés dans la nature par l’intermédiaire des fientes du volatile.
J’imagine les dégâts si un canard en plein vol décidait bien innocemment de se soulager sur la tête d’un baigneur. Je comprends mieux pourquoi les usagers des Bains de Pâquis  portent tous un bonnet lors de leur trempette.
La conclusion conserve, malgré tout, son attrait au lac : les puces de canards sont statistiquement évitables dans les eaux hivernales du Léman se situant entre 5 et 10°C.

Après les petits animaux dont la présence est peu ragoûtante mais avérée, il y a les gros animaux dont Jules Vernes ne renierait pas l’existence.
Nous sommes les témoins bien involontaires de cette existence : lors de notre promenade du 8 février dernier avec Léa, le long des berges du Léman, nous avons observé, à proximité du lieu de l’assassinat de Sissi Impératrice (sans rapport avec le sujet qui nous occupe), une baleine mécanique à proximité du rivage, qui, évent grand ouvert, expulsait, sous nos yeux ébahis, un mélange d’eau-air de 140m de haut.
Cet animal mécanique ne s’appelle pas le Nautilus mais Le Helvetia.

Et puis, il y a des animaux plus difficiles encore à observer mais bien présents dans le lac. Comment le savons-nous ? Grâce à des témoignages fiables.
Un pêcheur de Villeneuve relate : « Le lac était calme, j’ai trié les perches et les féras quand j’ai remarqué un puissant remous et, avant d’avoir pu esquisser le moindre geste, la tête du monstre a jailli, elle s’est dressée au‐dessus de moi, ses yeux de feu m’ont scruté, et j’ai cru qu’elle allait s’abattre sur ma barque. Puis le monstre a replongé. »
Un autre pêcheur de Thonon, celui-là : « C’est un long sillage qui m’a alerté. Intrigué, j’ai donné un coup de barre pour le couper par le travers. À ce moment ma barque a été soulevée par un reptile de cauchemar. Il m’a projeté à trois mètres de la surface. Les caisses de poissons ont passé par‐dessus bord. C’est peut‐être ce qui m’a sauvé. Le monstre a tout avalé avant de disparaître dans les abîmes. »
Je n’invente rien. Je ne fais que reprendre les éléments parus dans Le journal des Bains (n° 34) dont le sérieux de la rédaction n’a jamais été pris en défaut.
Il y est aussi dit que « les cryptozoologues (spécialistes des animaux dont l’existence n’est pas officiellement reconnue par la science, NDLR) confirment qu’une créature fossile aurait pu survivre aux grandes glaciations et se tapir dans les fosses du lac. » Il y est encore dit que « Le Journal de Genève du 26 octobre 1883 rappelle qu’il ne s’agit pas d’une première. Une bête aux allures similaires aurait été observée en 1215 dans la même commune, semant la terreur sur la rive. »

Détail de carte de Joannes Le Clerc, 1619

Moi j’y crois à l’existence du monstre du Loch Léman même si la dernière manifestation de la bête aux « yeux phosphorescents, gigantesque serpent ondulant », remonte à la fin du XIXe siècle.
Je pense que je devrais même m’y intéresser de près et m’installer chez Léa avec une puissante lunette d’observation. Je devrais préalablement lui demander de déménager dans un autre appartement, celui-là situé en bordure du Léman, avec terrasse ou, à minima, un large balcon que je dédierais à l’observation.
Agnès pourrait m’y rejoindre pour noter les résultats de mes observations quotidiennes.

Je pense que Léa n’y verra aucun inconvénient.

Je vais lui en parler.

Sites possibles d’observation
du monstre du Loch Léman

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