Deuxième jour de pluie à Madrid.
Chaque musée a sa Joconde. Celle du Prado se situe salle 56A, rez-de-chaussée, dans la collection Peintures des primitifs flamands (XVe – début XVIe). La Joconde du Prado n’est donc pas espagnole et c’est surprenant sachant que l’idée à l’origine de la création du musée du Prado était de regrouper les collections royales espagnoles dans lesquelles la production locale étaient largement représentées.
Mais le public en a décidé autrement car c’est bien le tableau de la salle 56A qui dépasse, en fréquentation, tous les Vélasquez et tous les Goya. Un tableau bien connu, énigmatique et unique.
Nous l’admirons d’abord de loin, une ceinture de visiteurs nous en interdisant l’accès. Nous patientons pour nous en approcher car ce sont les détails de ses cinq panneaux qui font sa particularité : une succession de miniatures morbides, de tortures et de meurtres, d’actes scatologiques, commis par des êtres monstrueux et hybrides. Tous les panneaux de ce fabuleux triptyque semblent droit sortis d’une imagination fiévreuse en pleine effervescence. S’il vivait aujourd’hui, on dirait certainement de Jérôme Bosch qu’il présente tous les troubles psychiatriques d’un esprit dérangé conduisant à un nécessaire enfermement.
Dans cette salle 56A, le regard ironique de la Joconde est donc remplacé par un Jardin des délices peint à une époque encore incertaine (1505 ?) par un esprit fiévreux. Un jardin qui, pour nous, est de loin le tableau le plus magnétique de tous les tableaux présentés au Prado.




Nous poursuivons notre déambulation. La circulation entre les salles est fluide. L’accès aux tableaux aisé, même pour les œuvres les plus emblématiques du musée. A fréquentation identique, tout a l’air bien plus facile et agréable ici que dans d’autres grands musées. Pourquoi donc cette impression ?
C’est alors que je découvre ce qu’il manque au Prado : l’incontournable selfie. Le Prado a fait cette découverte magnifique qu’en interdisant la pratique des selfies et d’internet, le visiteur se consacre exclusivement aux œuvres et fluidifie la circulation. La démonstration est faite. Il fallait y penser, penser à rebours. Nous approuvons.
Nous passerons quatre heures trente au Prado. Pas parce que la pluie, à l’extérieur, continue son travail. Mais simplement parce que ce musée est riche et agréable.

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