Sept ans sans sortir de l’hexagone.
Agnès redoutait qu’on ne sache plus se débrouiller à l’étranger. Par manque de pratique. Et puis il y a l’obstacle de la langue et puis notre supposée incapacité à faire face à des situations nouvelles et imprévues. Je lui ai démontré que c’était tout le contraire. Les voyages, comme le vélo, ça ne s’oublie pas.
Nous arrivons en milieu d’après-midi à l’hôtel Alcalà après un vol et un transfert aéroport – hôtel sans encombre. L’hôtel sélectionné par Agnès est idéalement placé. Une rue tranquille tout près de la très remuante Puerta del Sol.
J’ai toujours pensé que le premier ressenti lorsqu’on arrive dans un lieu nouveau conditionne durablement notre relation au lieu. Dans le cas de Madrid que je connaissais au travers de rares et courts séjours professionnels, ce sentiment est immédiatement positif.
Nous scrutons les visages dans le métro, dans les rues. Je les ressens sympathiques et tranquilles, ceux des Madrilènes comme ceux des nombreux latinos immigrés.
En revanche, la météo de nos cinq jours à Madrid a été beaucoup moins amicale : pluie avec juste quelques timides éclaircies. Alors que fait-on lorsqu’il pleut ? Ben on se met à l’abri. Et l’abri tout indiqué dans un Madrid qui reste à découvrir s’appelle le Prado, le musée de la Reine Sofia ou encore le musée Thyssen-Bornemisza. Nous ferons les trois dans cet ordre.
Mais commençons par le début. A l’hôtel, nous avons un rituel d’une grande importance. C’est celui du petit-déjeuner. Il nous permet, au-delà de nous préparer à affronter la journée, d’évaluer la qualité des prestations de l’hôtel. Exemple : un bon jus d’orange fraichement pressé en lieu et place d’un vieux jus d’orange en brique, c’est ce qu’on espère. Et là, l’hôtel répond présent. Au niveau du buffet et au niveau de la salle à manger. Une magnifique verrière située au cinquième étage, qui surplombe les calles Sevilla et Alcalà, largement ouverte sur les beaux immeubles madrilènes, leurs toits et leurs statues triomphantes.
Le rituel du petit-déjeuner, donc. Pour moi, c’est un moment de lenteur; le prolongement de la nuit en quelque sorte. Pour Agnès, un moment de plaisir. On navigue entre les tables, on fait du lèche-buffet, on fait la moue, on hésite, on consulte puis on choisit enfin. Et on revient s’installer à notre table, les bras chargés, pour immédiatement se relever parce qu’on a oublié une petite cuillère. Bref, même si on est rapide, ça prend du temps.
Le petit-déjeuner, c’est aussi un moment où on observe. Les autres. Leur niveau de somnolence ou, à l’inverse, d’éveil. Les petites habitudes. Les tenues vestimentaires. Amusant. Et là, je dois bien dire que nous sommes tombés sur un spécimen qui a constitué une véritable énigme pendant tout notre séjour. Je m’explique. Une jeune cliente d’une petite trentaine d’années, sophistiquée, cheveux lisses couleur jais, était installée seule et à la même table tous les matins. Arrivée avant nous, donc très matinale. Ce n’est pas cette habitude qui nous interpelle le premier jour mais plutôt sa relation au buffet : elle ne reste jamais assise plus de deux minutes, se lève, va au buffet, se sert, revient à sa table, chargée. Elle ne touche à rien de ce qui est sur la table. Se relève. Revient à table avec d’autres victuailles. Se repeigne. Minaude devant son téléphone. Se photographie. Puis retour au buffet. Toujours rien d’entamé sur sa table. Passe par les toilettes. Revient s’assoir avec d’autres victuailles. La table déborde. Elle consulte son téléphone. Ne touche à rien. Et ça recommence suivant le même cérémonial jusqu’à ce que nous quittions la salle à manger.
Je pense qu’elle a le cerveau totalement cramé par les réseaux sociaux. Mon diagnostic est fait et sans appel : elle est bargeot. Mais pour autant, je continuerai à l’observer les jours suivants afin d’affiner mon diagnostic.

Jour de pluie 1 : Le Prado […]

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