« A Blagnac, les avions sont plus beaux »

Écrite en 1967, cette phrase de Nougaro faisait acte de prophétie; une prophétie réalisée par une belle matinée hivernale de 1969 : après 2.282 jours d’une intense gestation, le plus bel oiseau de tous les temps, le Concorde 001, immatriculé F-WTSS, se préparait enfin à s’arracher du tarmac de Blagnac pour son premier vol d’essai.

Cette même journée du 2 mars 1969, un petit garçon de 9 ans joue dans la cour de l’école élémentaire Calvinhac de la rue Jacques Labatut, tout près du Grand Rond. Il joue aux osselets. Ses 3 meilleurs amis l’entourent : Michel F. (meilleur élève de la classe), Philippe L. (2ème meilleur élève) et Jean-Claude D.

Jean-Claude est à classer dans la catégorie des créatifs ou des fantaisistes. Il aura passé toute sa scolarité du primaire à manger des cornichons à l’heure du goûter et à essayer de faire gober qu’ayant un jour avalé la fève d’une galette, cette dernière s’était retrouvée logée dans son bras. Faut-il dire que, même avec des connaissances anatomiques très limitées, les 3 camarades n’y ont intuitivement jamais cru.

Pour ce premier vol, le bel oiseau blanc fait profil bas : nez baissé et pattes… je veux dire train sorti comme c’est de rigueur lors des vols d’essai. En revanche, ce qui fait beaucoup moins profil bas, c’est le bruit des 4 énormes réacteurs Rolls Royce, offrant chacun une poussée 5 fois supérieure à celui des Caravelles. Le ciel de Toulouse sera littéralement déchiré pendant les 30 minutes que dureront le vol.

Dans le silence encore relatif d’une cour de récréation du primaire, le petit garçon de 9 ans met un terme à la leçon d’osselets qu’il inflige à ses 3 camarades. C’est une habitude. Il est adroit mais il est surtout anatomiquement favorisé car ses doigts ont une telle souplesse que le dessus de sa main peut aisément prendre la forme d’une louche bien utile lorsqu’il s’agit de récupérer les osselets en vol.

Subitement, les pigeons s’envolent. Un bruit de tonnerre sourd s’amplifie, en approche à la vitesse de Mach 0,4. C’est lui !! Têtes levées, bouches bées, ils regardent tous passer, dans un recueil quasi religieux mais un vacarme infernal, son ventre blanc sur lequel est tatoué F-WTSS.

C’est son premier vol. Au-dessus de Toulouse. Pour se faire admirer.

« A Blagnac, les avions n’ont jamais été aussi beaux »

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2 réponses à « A Blagnac, les avions sont plus beaux »

  1. Avatar de Agnès
    Agnès

    Quelle belle anecdote! On voit très bien le petit garçon qui serait croqué par Sempé avec sa paume tournée vers le ciel et qui croyant voir un osselet retomber aperçoit un grand oiseau blanc s’envoler dans le ciel azur.

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  2. Avatar de Nguyen Van
    Nguyen Van

    Et bien moi je ne la connaissais pas cette histoire… Je ne connais pas non plus le jeu des osselets, je suis curieuse d’en savoir plus 😉

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