8 mai 2026 _ Village médiéval de Pérouges
« Pas de Valette… pas de Nguyen. »
Vincent, une portion de tarte salée dans la main, termine la lecture des noms inscrits sur les quatre faces de la petite obélisque commémorative. Personne ne semble prêter attention à sa remarque – à part moi – tout absorbés que nous sommes dans l’ingestion des deux tartes de chez Sophie que nous partageons. Il est un peu plus de quatorze heures. Le repas est pris en plein soleil, assis sur le petit muret de pierre qui fait face au monument aux morts, non loin de l’arbre que nous avions initialement pris pour le vénérable tilleul de quatre cents cinquante ans qui fait la fierté de Pérouges. Le notre est tout aussi vénérable, un catalpa sans âge, au tronc noueux.


Je m’éloigne, ma part de tarte ravioles lardons dans la main, car j’ai horreur de manger au soleil. Je me mets à l’ombre du catalpa. Catalpa. Jamais entendu ni lu ce nom avant d’écrire ces notes et d’avoir procédé à quelques recherches. Car la prise de notes a ceci de commun avec la cuisine, c’est qu’elle manque toujours d’un ingrédient de dernière minutes. Au fait c’était quoi ça ? Alors on procède à quelques recherches sur internet pour combler le vide et donner un semblant de cohérence au texte. C’est ainsi que j’apprends que le catalpa est un arbre d’ornement à feuilles caduques originaire d’Amérique du Nord, introduit en France au XVIIIe siècle, dont le plus beau spécimen se trouverait au château de Versailles.
Nous quittons le muret pour une balade digestive après un café allongé au goût de moisi plutôt que de noisette. Nous sommes dans un magnifique village médiéval. Il y a forcément des inconvénients.



Nous poursuivons notre discussion sur les tours que joue la mémoire. C’est pour ça que j’ai la manie de mettre par écrit des évènements dont je ne souhaite pas qu’ils soient dénaturés. Et pour ne pas oublier. Ne pas oublier que Sugar Ray n’est pas l’émanation d’une lumière douce et sucrée en provenance d’un astre du fin fond de la voie lactée. Mais plutôt le plus grand boxeur poids moyen de tous les temps, cinq fois champion du monde entre 1951 et 1960. Ne pas oublier comment détecter les signaux faibles d’un chat qui n’a pas envie d’être dérangé par des démonstrations d’affection débordantes et inopportunes. Ne pas oublier…
Nous rentrons à Boulogne après un trajet de deux heures dans un compartiment Trenitalia quasi vide.
Arrivés à l’appartement, nous recevons un message:
C’était trop cool de vous voir 🥰. Vous êtes les meilleurs parents du monde hi hi 💖
Je m’empresse de le noter de peur de l’oublier.
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