Le Lièvre et les deux Tortues.

Calvi, dimanche 28 juin.

Rien ne sert de courir ; il faut partir à point.
Le Lièvre et les Tortues en sont un témoignage.
Gageons, dit l’une d’elles au lièvre, que vous n’atteindrez point
Sitôt que nous le bout de cette digue. – Sitôt ? Etes-vous sages ?
Notre lièvre n’avait que quelques coups de palmes à donner.
Ayant du temps de reste pour palmer, zigzaguer,
Écouter d’où vient le vent et faire un tour au large,
Le Lièvre laisse les Tortues aller leur train de sénateur.
Elles partent, elles s’évertuent ;
Elles se hâtent avec lenteur, leur petite tête au ras de l’eau.
Lui cependant méprise une telle victoire,
Tient la gageure à peu de gloire,
Croit qu’il y va de son honneur
De partir tard. Il se perd au large, nez au vent,
Il s’amuse à toute autre chose
Qu’à la gageure. A la fin quand il vit
Que les Tortues touchaient presque le bout de la digue,
Il palma comme un trait ; mais les élans qu’il fit
Furent vains : les Tortues arrivèrent les premières.
Eh bien ! lui cria l’une d’elles, n’avais-je pas raison ?
De quoi vous sert votre vitesse ?
Moi, l’emporter ! et que serait-ce
Si vous n’aviez ni palmes ni planche ?

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