Chroniques corses #1 _ Le contrôle technique.

Mercredi 8 juillet, 15 heures.

J’ouvre aujourd’hui un nouveau chapitre : celui de mes chroniques corses.
Pourquoi ? Principalement pour consigner mes échanges avec les Corses dignes d’être conservés. Avec, comme ambition – sans doute présomptueuse -, de mieux comprendre l’âme corse qui me parait, au fil des expériences, de plus en plus énigmatique. Et comme ces échanges peuvent être de toute nature, je commencerai par le récit du contrôle technique de la Clio.

Tout commence par la prise de rendez-vous. Elle se fait sur internet. Je choisis le premier créneau disponible, le mercredi 8 juillet, 15 heures. Aucune autre possibilité avant et sur cette journée du mercredi, 15 heures semble être le seul créneau possible. Je reçois aussitôt un e-mail de confirmation tout ce qu’il y a de plus banal avec, en fin de message, la mention : « Merci de bien vouloir vous présenter 15 minutes avant l’heure du contrôle ».

Mercredi 14h45, j’arrive sur le parking du centre de contrôle. C’est un grand parking en terre, écrasé de chaleur, où le seul coin d’ombre donné par un eucalyptus est déjà en partie occupé par une Clio. Un peu plus loin, une Méhari et un utilitaire blanc, les deux au bout de leur vie. Rien d’autre. Je gare ma Clio juste à côté de l’autre Clio, parfaitement alignée, histoire de faire bonne impression au responsable qui, s’il est mal luné, pourrait très facilement trouver un prétexte pour me recaler.
Je sors de la Clio, me dirige vers l’accueil, passe devant un canapé en skaï installé à l’extérieur, à l’ombre de la courte avancée du toit. Je jette un coup d’œil rapide à l’atelier. Aucun signe d’activité.

— Bonjour
— …
— Je viens pour le contrôle technique
— Vous avez rendez-vous ?
— Oui
— Les papiers

Le gars qui me fait face est à moitié caché derrière un haut comptoir. Il est avachi dans un fauteuil de direction simili-cuir dont le dossier dépasse d’une demi-tête le sommet de son crâne. Je pose ma carte grise sur le comptoir.

Visage granitique et fermé. Barbe de trois jours. Crâne dégarni. Regard intense et noir. On sent bien que le patron a épuisé son quota de patience depuis belle lurette.

— Je la prends à 15 heures
Comme il marmonne dans sa barbe de trois jours, tête baissée, et sans me regarder, je crois comprendre que je dois la reprendre à 15h. Il est 14h50.
Je me risque à lui faire répéter :
— Je la prends à 15 heures ?
— Non je la prends à 15 heures… parce que vous avez rendez-vous à 15 heures
C’est logique. Il n’y a pas lieu de commencer avant l’heure. Avant l’heure, c’est pas l’heure… même si l’atelier est disponible et attend.

J’occupe les trente minutes du contrôle à faire des courses chez Auchan. À 15h30 précises, je reviens au centre. Je repasse devant le canapé, occupé par un vieux Corse qui me lâche un laconique « C’est bon ».
Au comptoir, je me risque cependant à demander une confirmation :
— C’est bon ?
— 85€

Qu’est-ce qui différencie un contrôle technique corse d’un contrôle technique sur le continent ? Je ne sais pas mais il faut que je vérifie si l’autocollant 2B apposé en lieu et place du 31 ne commence pas à se décoller.
Au moment de partir, le patron me lâche :
— … le moteur, il a pas roulé. Et la carrosserie, elle est nickel pour une voiture de 2011. Si vous voulez la vendre, passez me voir !!
J’interprète cet échange comme un relatif dégel.

C’est ainsi que se termine cette première chronique corse. Insondables mystères corses.

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