Chroniques toulousaines _ Quelque chose a changé.

Mardi 22 septembre 2026.

C’est le bref récit de la première soirée d’automne. Libre et désœuvré, je déambule seul dans les rues de Toulouse. Je cherche avant tout à alléger mon estomac, à enclencher au plus vite le processus de digestion après l’excellent Tantanmen – un ramen au bouillon onctueux et relevé – de chez Mizuki.

Je descends la rue Gambetta. Place de la Daurade, je tourne à droite sur les quais en direction de la place Saint-Pierre. Au fur et à mesure que je progresse, la fréquentation augmente jusqu’à devenir, place Saint-Pierre, un méli-mélo indiscipliné de vélos, de piétons plus ou moins affairés, transportant pizzas et bières, et de runners tardifs. La densité est impensable pour un jour de semaine. Nous sommes mardi. Quelque chose a changé.

Il est vrai que beaucoup de choses ont changé depuis mes études, au début des années 80. Le nombre d’étudiants, c’est certain, mais aussi la façon très libre d’afficher son insouciance en ce début d’année universitaire.
Pour ce qui est des statistiques, je lirai le lendemain dans les notes de L’Observatoire de la Communauté d’universités et établissements de Toulouse : « 95.342 étudiants pour l’année 2024-25 […] soit 6,8% des effectifs nationaux ». Ce nombre tangentait les 45.000 au début des années 80. Belle croissance pour une population passée de 54 à 69 millions sur la même période.
Ça, c’est pour la partie comptable.

Mais qu’est-ce qui a vraiment changé ? Comment vivait-on une rentrée universitaire dans les années 80 ?
Je peux en témoigner, ayant fait plus de rentrées que mes études ne l’exigeaient. Alors je me souviens.
Je me souviens des dossiers papiers, des chèques et des photos d’identité.
Je me souviens de ma carte étudiant cartonnée et multi tamponnée.
Je me souviens des frais de scolarité plafonnés à 95 francs après l’élection de Mitterrand.
Je me souviens du campus avec son bâtiment administratif à l’architecture soviétique.
Je me souviens des emplois de temps affichés dans les halls.
Je me souviens des amphis bondés en septembre.
Mais je ne me souviens pas m’être assis sur les bords de la Garonne à partager, insouciant, une pizza et un pack de bières.
C’est peut-être ça qui a changé.

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