Chroniques corses #4 _ Tour de Corse Historique 2026
Samedi 10 octobre 2026.
Veille de course.
La dix-neuvième et dernière spéciale du Tour de Corse Historique 2026 se termine à Calvi. Un parcours de 18 km tracé sur la D81b au départ d’Argentella. La route est étroite et sinueuse sur l’ensemble du parcours chronométré, parfaite pour un pilotage précis. Nous l’avons pratiqué une fois à destination de Galéria. Elle offre un panorama plongeant sur la mer en contrebas que, seul, le passager a le loisir d’admirer si l’ambition est d’arriver entier à destination.
La veille, nous faisons un parcours de reconnaissance jusqu’à l’arrivée de la spéciale. Aucune indication ne précise encore le lieu exact de l’arrivée. Nous ne pouvons donc pas choisir le poste d’observation idéal pour le lendemain mais, une chose est sure, il se situera du côté qui surplombe la route car l’autre côté n’offre, comme je l’ai déjà dit, que l’alternative d’un plongeon de trois cents mètres sur les rochers en contrebas si, d’aventure, un compétiteur prend quelques libertés avec la trajectoire idéale.
L’autre question pratique est celle du moyen de locomotion pour se rendre sur le site car la D81b sera fermée toute la journée. Ce n’est pas un problème. Nous marcherons jusqu’à Notre Dame de la Serra par le sentier au départ de la station EDF et de là, nous rejoindrons le parking de la Revellata.
Jour de course.
Nous nous installons sur un éperon rocher. Sous nos yeux, une enfilade de trois virages suivis d’une petite ligne droite qui mène directement à la ligne d’arrivée. Elle est matérialisée par un panneau rond posé au sol représentant un drapeau à damier et la présence de deux commissaires de course assis sur des pliants, serrés l’un contre l’autre sous un large parasol rose. Ils sont chargés du chronomètre. Ils ont une vue imprenable sur la Revellata. C’est pas encore l’heure de la sieste, mais à les observer, je m’inquiète un peu. Il ne faudrait pas que les premières voitures tardent trop.


Et c’est le cas. Un peu avant les véhicules de la catégorie VHC – les Véhicules Historiques de Compétition engagés dans la course de vitesse -, les voitures de reconnaissance sécurisent le parcours. Ce sont les numéros 0, 00 et 000. Des Alpines magnifiques que Patrick et Carole ne renieraient pas. Leur mission : s’assurer que la route est libre de tout danger. Et en Corse, ça veut dire : pas de chèvres ni de cochons sauvages qui déambulent sur l’asphalte, ni encore de Corses inconscients qui confondent le Tour de Corse avec une course de vachettes landaises.
A ce stade, un petit rappel s’impose. Le Tour de Corse Historique remplace le mythique Rallye aux 10.000 virages, le vrai Tour de Corse dont la dernière édition s’est tenue en 2019. Les contraintes financières et les défis logistiques alors imposés aux écuries pour l’organisation de cette épreuve du WRC en Corse ont sonnés le glas du rallye. Mais Le Tour de Corse Historique est là pour maintenir le souvenir de cette compétition, aujourd’hui, uniquement ouverte aux voitures de rallye construites avant 1987.





Elles arrivent donc. Je devrais plutôt dire : elles s’annoncent. Car, pour ceux qui n’ont jamais assisté à un rallye automobile, il faut savoir que le spectacle est tout à la fois visuel et sonore. Et dans le cas du Tour de Corse Historique, c’est surtout le côté sonore qui prend le dessus. Je pense qu’on attend les voitures dès qu’elles accélèrent à la sortie d’Argentalla. Le bruit des moteurs est infernal et suffit, à lui seul, à sécuriser la route. Les cochons sauvages s’enfuient dans le maquis, les figues mures tombent des arbres et les petits vieux des villages quittent leur banc comme à l’approche d’un orage.
Par contre pour ce qui est de la vitesse, l’attente n’est pas vraiment comblée. Les pilotes sont, bien sûr, plus rapides que Chloé ou Agnès lorsqu’elles empruntent les lacets de la D81b mais on reste un peu sur notre faim. Ça survire… ça sous-vire… mais gentiment. Et sans le bruit du moteur à réaction qui accompagne le tout, l’effet serait tout autre.
Mais le spectacle est là. Qui se poursuit par la visite du parc auto ouvert au public où tous les compétiteurs font la queue pour vivre leur moment de gloire en passant sous l’arche d’arrivée comme les Césars, jadis, passant sous leur Arc de Triomphe.


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